La colonisation par l'agresseur


Il existe un phénomène qui est aussi vieux que l’humanité, c’est l’envahissement d’un autre pour le posséder. L’esclavage des autochtones sur tous les continents a été encouragé par plusieurs colons, pour mieux les aliéner. Au bout de seulement deux générations, l’individu endoctriné peut croire qu’il est mauvais et qu’il a mérité son sort. Il s’agit exactement de la même chose pour la violence conjugale et l’inceste. Le petit, la femme, l’homme ou toute personne agressé(e) est conditionné(e) à croire que cela est sa faute. 

Depuis quelque temps, la médecine traditionnelle a trouvé quelques clefs en ce qui a trait à l'héritage épigénétique transgénérationnel : les mémoires ancestrales dans notre ADN.  Des familles se transmettent des peurs et des secrets honteux. Des enfants se trouvent parfois avec des phobies ayant appartenues à un ancêtre qu’ils n’ont même pas connu. Nous portons tous les désirs inassouvis de nos aïeux. Savoir ce qui nous appartient est notre défi, en délestant cet imposant bagage, car tout cela nous envahit.

Le corps garde en mémoire des traumatismes. Il y a dans l’inceste, une énergie virale. La victime devient un bourreau, si celle-ci ne prend pas conscience de ce programme qui circule et brise carrément le lien de confiance. Cela amène très souvent au traumatisme relationnel. Plus l’agression a lieu tôt et, plus les dommages sont importants. Le cerveau s’est coupé de certaines émotions.

Pour ma part, j’étais apathique et je ne savais pas que je manquais de compassion. C’est seulement en retrouvant ma connexion au corps que j’ai découvert tout cela, mais, surtout lorsque mon nouvel entourage me l’a annoncé et, que j'étais prête à l'entendre.

Habituellement, on remarque qu’une victime d’agression sexuelle est souvent en dissociation avec son corps. La douleur et le plaisir semblent lui glisser dessus. Elle se sent vide et cherche par des sensations fortes à retrouver cette énergie.

La meilleure thérapie qui soit pour guérir de ce lègue, c’est de s’en remettre à un thérapeute qui ne souffre pas de l'inceste et qui possède un ensemble de compétences : de la compassion, de l’expertise et de la franchise. Le thérapeute doit très bien se connaître et exposer sa vulnérabilité. Le but est de développer un lien de confiance qui va au-delà des réflexes de l’emprise. Cette personne nous aide également à retrouver notre autonomie. Des dépendances se développent très souvent pour combler les nombreux manques affectifs. Le thérapeute est là pour nous aider à reprendre notre vie en main. Il ne nous sauve pas, mais nous enseigne comment prendre soin de nous, en nous disant la vérité. Cela peut prendre du temps avant de trouver la bonne personne. L’empreinte laissée par nos tuteurs contribue grandement à notre déséquilibre. Tombons-nous sur les mêmes personnes ? Sommes-nous entourés de tyrans ? Pour ceux qui disent oui, vous avez besoin de thérapie. Connais-toi toi-même.

Les conséquences psycho-traumatiques des violences : la sidération, la dissociation, la mémoire traumatique.



YouTube · Muriel Salmona · 23 nov. 2018


Muriel Salmona, psychiatre et fondatrice et présidente de l’association Mémoires Traumatiques s’intéresse particulièrement au phénomène de la colonisation par l’agresseur depuis plus de 20 ans. Avec son équipe, elle étudie au moyen de la résonance magnétique et d'observations comportementales, l'état de personnes violentées dont le cerveau a subi un choc post-traumatique[i] et compilent plusieurs informations pertinentes sur l'envahissement psychique qu'elle nomme : la colonisation par l'agresseur. Ce type de trouble est –hélas-courant, mais très peu de gens savent de quoi il en retourne.

La personne qui souffre mentalement d’une emprise de l’agresseur est piégée par la parole, le senti, l’odeur et les idées véhiculées par l’agresseur qui  sont demeurés dans la mémoire corporelle. Comme dit si bien Bessell Van Der Kolk : "Le corps se souvient". Au point que la victime croit qu’il s’agit d’elle-même. Le cerveau a subi un choc, il a fragmenté l’information. La partie autobiographique du cerveau n’est plus accessible. La victime entend et ressent la voix, le senti, l’odeur en boucle. Parfois, elle est submergée par un désir tellement violent qu’elle en est épuisée. Cela est très difficile à supporter- j’ai vécu cela-. Souvent la sensation alterne avec l’absence de désir. La victime se voit mauvaise, car elle croit que ces effets viennent d’elle. Que ces manifestations sont des symptômes d’une maladie mentale comme la schizophrénie ou de la sorcellerie.

J’ai passé plusieurs années à entendre une voix qui me disait qu'elle allait me tuer. Surtout avant le sommeil. Une autre me racontait que j’étais une salope que j’aimais me faire rentrer dedans et que je le méritais dans le désir. À cause de cela, j’ai voulu m’enlever la vie et il m’a fallu beaucoup de courage et de détermination pour consulter et aller constater ce qui en était. Cette emprise se soigne. Le plus important est d’en parler. Un, cela soulage grandement et deux, cette voix provient de l’agresseur. Elle n’est pas inventée !

Il existe un éventail de cas d’emprise de l’agresseur. Parfois, la victime agit comme celui-ci. Des petits enfants peuvent développer un comportement très agressif au point de vouloir blesser gravement l’autre. Il y a également la réaction contraire, des gens qui réagissent par soumission. Comme s' ils étaient condamnés, car cette voix n’arrête pas de leur dire qu’ils le sont.


Sortir du cycle infernal


Nous ne sommes pas condamnés à demeurer dans cet esprit. Cela demande beaucoup de travail et de la collaboration, mais cela est possible. Si je vous écris aujourd’hui, c’est que la peur, le conditionnement et l’inconscient ont fait place à la Pleine Conscience. Le plus difficile est de demander de l’aide. Vous trouverez sur ma page d'accueil des références thérapeutiques qui viennent en aide à des gens qui subissent ou ont subi de la violence sexuelle.


Le retour à la compassion et le pardon


La compassion est ce qui nous définit. Pour ceux qui en doutent, le choc post-traumatique peut nous déconnecter de notre essence. Le contact avec notre présence est conditionné par des mémoires tronquées. Certains réseaux neurologiques sont bloqués. Pour retrouver cette émotion, nous avons besoin de temps. Cela ne se marchande pas. Comme le pardon, cette énergie se développe avec lenteur. Petit pas, après petit pas. La guérison vient d’un espace non égotique. Il n’est pas véhiculé par la peur. L'amour transforme la connexion.

Les personnes agressées sexuellement se sentent souvent responsable de ce qui leur est arrivé. Elles ont du mal à se voir comme des victimes. Elles ne veulent pas faire de bruit et souvent s’oublient. Elles disent pardonner, mais c’est pour ne pas avoir à subir davantage.

J’ai vécu trop longtemps dans le silence pour comprendre que la guérison opère avec le dévoilement. Je souhaite que ce billet atteigne ceux qui ont vécu de la violence sexuelle. Que cela vous aide à parler. Dénoncer ce qui vous rend malade. Un CALAC ou CAVAC peut vous aider à le faire. L’inceste et les autres violences sexuelles peuvent démolir quelqu’un et l’amener au suicide. Nos ancêtres ont parfois quitté cette terre en nous léguant leurs peurs, leurs secrets, leurs épreuves et surtout ce qu’ils n’ont pu accepter. L’héritage est lourd !

Bruno Clavier, psychanalyste, auteur d’essais psychologiques reliés aux violences sexuelles constate que nous sommes plusieurs à subir les soubresauts des fantômes ancestraux. Des enfants souffrent des phobies d’ancêtres qu’ils n’ont même pas connus !


Il n’y a pas si longtemps, un être humain ne pouvait pas survivre sans son clan. Le clan était là pour les besoins de chacun et aussi pour protéger de cet extérieur. Les parias étaient ostracisés. C’était le pire des châtiments, car la vie à l’extérieur du clan était survie.

Nous naissons avec des listes d’attentes et de vœux claniques. Nos corps ne semblent pas nous appartenir. Notre sexualité, notre genre et même nos alliances sont déterminés. Enfants, nous n’avions même pas la parole et encore moins nos jambes pour courir vers un refuge où il n’y avait pas de demande. Nous avons grandi avec des valeurs plus ou moins nôtres. Pour ceux qui ont développé une individualisation, ils ont appris à prendre leur place, car ils se savent aimés. Ils n’ont pas été obligés de s’assujettir. La famille a transcendé ses dogmes et les acceptent comme ils sont et/ou les enfants ont choisi d’accepter leurs parents tels qu’ils sont ! Ils ont cet amour d’eux-mêmes, pour accéder au pardon entier.

Pour ceux qui n’avaient pas le choix d’obéir, c’est une autre histoire. Le pardon commence par soi-même. La honte et la culpabilité nous tiennent à terre et c’est exactement ce que veulent les bourreaux ! Nous avons besoin d’aide pour sortir de nos liens toxiques et grandir. Devenir des adultes pour nous-mêmes et nos enfants. La peur de perdre notre clan nous tient en laisse.

J'espère qu'un jour, les études de madame Salmona pourront servir au développement d'une loi qui protégera les victimes de violence sexuelle ainsi que de l'emprise et permettra de condamner les agresseurs.

Voici une vidéo très instructive sur un cas de colonisation par l'agresseur. 





Eleanor Longden: Les voix dans ma tête

La personne qui s'affiche ainsi est docteure psychologie. Pendant longtemps, la colonisation par l'agresseur a été diagnostiquée comme une forme de schizophrénie. Cette femme, Eleonor Longden a permis à des milliers de personnes de recevoir un bon diagnostic. Depuis près d'une dizaine d'années, des spécialistes en santé mentale sont maintenant mieux informés grâce au travail de celle-ci et de Muriel Salmona. 

La colonisation par l'agresseur se soigne progressivement : il y a la prise de conscience et l'accompagnement du thérapeute. Il faut d'abord développer un lien de confiance, pour une déprogrammation à la honte, ainsi qu'à la culpabilité. Chaque personne vit cette transition différemment. Dans mon cas, les voix ont cessé après 6 mois environ. C'était spectaculaire ! 

Il m'a fallu une vingtaine d'années pour comprendre cela. Au moment où les premiers phénomènes ont commencé, rien ne m'indiquait qu'il s'agissait des voix des agresseurs que je gardais en mémoire. J'étais terrorisée et je n'en parlais pas. Des phobies - surtout sociale - avaient prises toute la place. Je ne faisais plus confiance à personne. Je ne fréquentais plus personne, je n'arrivais plus à travailler longtemps. Un rien me faisait fuir, geler sur place ou attaquer. 

Il y a 30 ans, j'étudiais à Paris. J'ai vécu un attentat à la bombe et deux personnes sont mortes. Cela a réactivé mes mécanismes de défense et des mémoires d'agression ont peu à peu fait surface. Je ne disais rien et ne consultais pas. J'habitais chez ma mère, pour ne pas vivre dans la rue. Devant mon comportement, ma famille m'imposait son diagnostic. Pour vivre avec elle, je devais accepter son blâme. Selon ces personnes, j'étais malade mentalement et que cet état n'était pas acceptable. Qu'elles n'étaient pas intéressées à me comprendre, puisque je n'arrivais pas à subvenir à mes besoins. Mon estime était au plus bas. Il m'a fallu beaucoup de courage et de détermination pour sortir de ce milieu et aller consulter un vrai spécialiste.

Ce que vous apprenez ici n'est pas enseigné durant la thérapie. Je vous donne de l’information qui ne m'était pas disponible il y a 20 ans, lorsque les mémoires de souffrance sont apparues. 

Puissions-nous tous jouir d’un très grand bonheur sans la racine de la souffrance.


Michèle Rhéaume

Référence : 

Les troubles de l'attachement Arte  Bande passante Youtube pour mieux comprendre les dynamiques relationnelles.

"Se libérer de son moi toxique", pour enfin guérir de son passé, avec Marie-Estelle Dupont, psychologue  

[i] Un choc post-traumatique est un état du cerveau qui modifie le comportement de la personne. L’amygdale (au centre du cerveau ) qui fait circuler l’information de danger potentiel se trouve enkystée par une trop grande charge émotionnelle. Le stress y est installé en permanence. Elle ne réagit plus normalement. Le message qui lui confirme que le danger est passé ne lui parvient plus. Une partie du lobe frontal ne reçoit plus d’information pour analyser la situation et relativiser ce qui change les perceptions de la personne concernée. Elle ne fuit pas lorsqu’il le faut ou assiste à la scène sidérée. 

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