La honte



La honte fait son chemin là où il y a du jugement. Peu de gens qui souffrent de maladie mentale s’exposent. Les chiffres le montrent bien : 20% de la population canadienne en est atteinte et pourtant, très peu de représentants en santé qui vivent avec une maladie mentale en parlent. Les porte-parole de la santé mentale sont rarement des gens de pouvoir.

Castes et inégalités 

Regardez les publicités sur la dépression et vous saisirez immédiatement qu’il existe un malaise social : « la dépression fait mal. »  La dépression n’est pas vue comme une maladie, mais un problème. Imaginez lorsque cette dépression est accompagnée d’une autre maladie comme la phobie -et cela n’est pas rare- alors là, vous faites face à davantage de culpabilité et de honte!

La maladie mentale est la principale cause d'absentéisme au travail. D'après les statistiques canadiennes:  « Le coût des pertes de productivité sous forme de jours d'absence pour incapacité de courte durée attribuable à la dépression a été estimé à 2,6 milliards de dollars en 1998. »

Chaque année, le nombre d'antidépresseurs vendus aux adultes québécois augmente. Maintenant, il est très facile d'obtenir ces pilules sans examen approfondi; il suffit de se présenter à une clinique sans rendez-vous et de rencontrer un médecin. Il m'est arrivée de rencontrer des généralistes dans ces centres qui voulaient me les prescrire, juste parce que j'avais mentionné avoir fait une dépression, il y a 15 ans! C'est comme si la maladie faisait tourner la roue de l'économie!

Nous vivons dans un monde de performance et l'argent est notre moteur. Lorsque quelque chose ou quelqu'un ralentit ou brise la cadence du rendement, nous cherchons à éliminer le problème au lieu d'agir pour l'ensemble. Si la maladie mentale est si présente chez nous, pourquoi ne pas se pencher sur les causes au lieu des résultats?

Le conditionnement au besoin de plaire
La honte est souvent synonyme d’humiliation. Pour souffrir de la honte, cela prend un bourreau et une victime. Contrairement à l’acte d’humilier et le sentiment de culpabilité, la honte est un sentiment d’«Être» et non de «Faire». Nous «sommes» notre bourreau et notre victime par le truchement de notre miroir. Nous jugeons ce que nous n’aimons pas chez nous.

Pas besoin de souffrir de phobie sociale pour la ressentir! La honte est présente là où il y a de la comparaison. Lorsque ce jugement est dirigé vers nous-mêmes, il s’agit de notre incapacité à nous accepter. Nous sommes obnubilés par nos idéaux. Pour ce qui est des autres, le processus est le même, ce sont nos projections.

Identification à la honte
La honte n’est qu’un sentiment et pourtant, plus nous répétons et réagissons aux mécanismes de défense et plus le réflexe d’identification s’intensifie. D’après Thierry Teule, psychanalyste et auteur d’un site web sur la honte: « On peut se la représenter comme un "court-circuit" en interne entre peur et colère face à une situation de souffrance sociale.»

En effet, le sentiment agit comme un courant électrique. Plus nous l’activons et plus la charge est grande. Cela pourrait ressembler à coup de foudre: une sensation envahissante et très difficile à gérer. Malgré nos efforts à relativiser et nous rebrancher à la source, la honte accapare nos pensées et nous en oublions le moment présent.

La honte nous renvoie à nos pensées. Cela prend beaucoup de patience et de pratique méditative pour se détacher de celle-ci surtout lorsque le programme roule depuis un certain temps…

Le jugement des sentiments
Se couper du sentiment n’est pas l’idéal. Toutes les émotions ont leur raison d’être. Ce qui ne l’est pas, c’est le jugement que nous avons envers les émotions! Un enfant a plus de facilité qu’un adulte à exprimer toute sa gamme émotionnelle. Hélas, notre éducation réprime souvent cette expression naturelle. Au lieu de dire sans fard ce que nous ressentons, nous nous cachons derrière un politiquement correct.

La honte trouve son chemin dans la répression.

Le contraire existe également. Ils existent dans le monde de la psychiatrie un terme qui désigne les gens qui ont refoulé la honte. Nous les appelons les sans-gêne.

Selon l’analyse du psychiatre et chercheur Boris Cyrulnik, les sans-gêne se répartissent en quatre catégories :

les indifférents: certains ont subi des traumatismes cérébraux, d’autres sont de gros porteurs de sérotonine (hormone du bien-être) ou des preneurs à l’excès d’antidépresseurs.

Les mélancoliques peuvent souffrir de traumatismes répétés et d’isolement.

Les pervertis sont des gens obnubilés par des idéologies politiques, religieuses, d’éthiques et claniques qui perdent leur capacité à l’empathie lorsqu'ils s’enflamment et n’ont pas de sentiment de culpabilité à faire souffrir les autres lorsque ceux-ci s’opposent à leurs idées.

Les pervers ne se sentent jamais coupables de faire souffrir les autres.

La honte -comme toutes les autres émotions- est nécessaire. Elle nous renseigne sur les valeurs que nous édifions et la validation de celles-ci aux yeux des autres et envers nous-mêmes. Elle nous montre également si nous savons prendre notre place en société en nous renvoyant à la dignité et à l'estime de soi, à l'identité et à la justesse relationnelle de chacun en groupe.


Pour arriver à voir autrement, il suffit de modifier nos perspectives.

C’est ce qui nous aide à relativiser avec le tout. Ils existent plusieurs façons d’y arriver : par la thérapie cognitivo comportementale, l’analyse, le travail de l’ombre, les ateliers qui portent sur les blessures de l’enfance et bien sûr la méditation.

Je souhaite qu'un jour nous puissions parler de la maladie mentale comme d'une autre maladie. Selon moi, c'est en s'exposant que nous y arriverons.

Pour la méditation, vous pouvez utiliser celle-ci : https://verbeetpensee.blogspot.com/2020/06/ma-meditation.html

Metta
Michèle Rhéaume, méditante et consultante


Références :
Publicité de La Dépression fait malhttp://www.youtube.com/watch?v=QTAHWOYvT-8
Site web consacré à la honte du psychanaliste Thierry Teule:  http://www.lahonte.org/index.html
Article sur la honte du Dr. Cyrulnik : http://www.affective-sciences.org/system/files/webpage/2188/2009-TDG_Cyrulnik.pdf
Rapport sur les maladies mentales au Canada: http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/miic-mmac/pdf/men_ill_f.pdf

Portrait de l’usage des antidépresseurs chez les adultes assurés par le régime public d’assurance médicaments du Québec, janvier 2011 - See more at: http://www.acsm.qc.ca/ACSM_Quebec/pages/accueil/chiffres.php#sthash.Asa9yTGt.dpuf

http://www.lapresse.ca/le-soleil/vivre-ici/coin-du-psy/201209/29/01-4578873-la-controverse-sur-les-antidepresseurs.php

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